{"id":6660,"date":"2011-07-28T02:51:08","date_gmt":"2011-07-28T06:51:08","guid":{"rendered":"https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/?p=6660"},"modified":"2011-07-28T02:51:08","modified_gmt":"2011-07-28T06:51:08","slug":"syrian-poet-aicha-arnaout-interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/syrian-poet-aicha-arnaout-interview\/","title":{"rendered":"Syrian Poet A\u00efcha Arnaout Interview"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/ArnoutAicha.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-6663 lazyload\" title=\"ArnoutAicha\" data-src=\"https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/ArnoutAicha-300x213.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"213\" data-srcset=\"https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/ArnoutAicha-300x213.jpg 300w, https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/ArnoutAicha.jpg 780w\" data-sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 300px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 300\/213;\" \/><\/a>Unhappily I have only a French version & no time right now to translate into English. But here are the opening paragraphs of an interview by C\u00e9cile Oumhani with the Syrian poet A\u00efcha Arnaout. You can read the full interview <a href=\"http:\/\/www.babelmed.net\/Pais\/M\u00e9diterran\u00e9e\/entretien_avec.php?c=6822&m=34&l=fr\">here<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\">C\u00e9cile Oumhani:\u00a0Entretien avec la po\u00e8te syrienne A\u00efcha Arnaout<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A\u00efcha Arnaout est une po\u00e8te syrienne, qui vit \u00e0 Paris depuis 1978. Elle \u00e9crit en fran\u00e7ais et en arabe et ses recueils ont \u00e9t\u00e9 traduits en plusieurs langues. La premi\u00e8re fois que je l\u2019ai entendue lire, il y a plusieurs ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9e par la puret\u00e9 d\u2019une po\u00e9sie qui questionne loin notre pr\u00e9sence au monde, avec sobri\u00e9t\u00e9 et exigence. Nous avons souvent \u00e9chang\u00e9, en particulier lors du March\u00e9 de la Po\u00e9sie, place Saint-Sulpice. Depuis le d\u00e9but de la r\u00e9volte syrienne, A\u00efcha Arnaout ne compte pas son temps pour les revues de presse qu\u2019elle fait circuler presque quotidiennement, les rassemblements et soir\u00e9es de soutien auxquels elle participe. Elle a accept\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 mes questions peu apr\u00e8s une soir\u00e9e de soutien organis\u00e9e au Forum des Images \u00e0 Paris.<br \/>\nParmi ses \u0153uvres publi\u00e9es, en arabe et en fran\u00e7ais, citons\u00a0<strong>Eau et Cendre<\/strong>, Ed. Le Pli 2000, et 2003,\u00a0<strong>Fragments d\u2019Eau<\/strong>, traduit de l\u2019arabe par Abdellatif La\u00e2bi, Ed. Al Manar, Paris, 2003,<strong>La Fontaine<\/strong>, avec Alain Gorius, Ed. al-Manar, Paris 2008,\u00a0<strong>La travers\u00e9e du Blanc<\/strong>, Ed. Atelier de Villemorge, Angers, 2011.Ses derniers \u0153uvres en arabe sont:\u00a0<strong>La nostalgie des \u00e9l\u00e9ments, po\u00e8mes<\/strong>, Ed. Dar Kana\u2019an, Damas, 2003 et\u00a0<strong>Je te conduis vers l\u2019autre, roman<\/strong>, Ed. Dar Kana\u2019an, Damas, 2006.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment vivez-vous la r\u00e9volte syrienne? Vous attendiez-vous \u00e0 ces manifestations quand elles ont commenc\u00e9 en mars dernier, apr\u00e8s la r\u00e9volution tunisienne et \u00e9gyptienne?\u00a0<\/strong><br \/>\nNon, je ne m\u2019y attendais pas. Depuis presque un demi si\u00e8cle, la Syrie est tenue dans une main de fer. Personne ne pouvait parler, personne ne pouvait bouger, personne ne pouvait avoir une opinion. La r\u00e9pression de l\u2019opposition et un lavage d\u2019esprit en boucle se relayaient en permanence. La Syrie sous le r\u00e8gne des deux Assad est devenue une \u00abJamlakya\u00bb, ce qui veut dire en arabe \u00abr\u00e9publique monarchique\u00bb. Ce terme a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 alors que Hafez al-Assad, Assad I, pr\u00e9parait son fils Bassel \u00e0 devenir pr\u00e9sident h\u00e9ritier.<br \/>\nPrenons le massacre qui a plong\u00e9 la ville de Hama dans le sang durant 27 jours en 1982. Jusqu\u2019\u00e0 maintenant, nous ne savons pas le nombre exact des victimes. On estime qu\u2019il y a eu entre 30 et 40 mille morts. On ne sait pas o\u00f9 se trouvent leurs corps. Ces personnes sont inscrites comme vivantes dans le registre de l\u2019\u00e9tat civil, ce qui bloque toute d\u00e9marche administrative qu\u2019une famille veut entamer, comme pour l\u2019h\u00e9ritage par exemple, en l\u2019absence de l\u2019un de ses membres. Ce massacre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 sous pr\u00e9texte d\u2019\u00e9touffer le mouvement des Fr\u00e8res Musulmans, alors la plus farouche opposition contre le r\u00e9gime. Mais c\u2019est toute une ville qui a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e \u00e0 une indescriptible politique de terre br\u00fbl\u00e9e, les chr\u00e9tiens n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s non plus. Les \u00e9glises ont \u00e9t\u00e9 pill\u00e9es, saccag\u00e9es et d\u00e9truites, les anciennes ic\u00f4nes vol\u00e9es pour \u00eatre vendues ailleurs. Il y a eu en Syrie quatre grands massacres sous le r\u00e8gne d\u2019Assad p\u00e8re, le 16 juin 1979 \u00e0 Alep, le 10 mars 1980 \u00e0 Jisr Elchougour, le 27 juin 1980 \u00e0 Palmyre et le 2 f\u00e9vrier 1982 \u00e0 Hama. Mais celui de Hamas a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 comme \u00abl\u2019acte le plus meurtrier d\u2019un gouvernement arabe contre son propre peuple dans le Moyen-Orient moderne \u00ab(Wright, Robin,\u00a0<em>Dreams and Shadows : the Future of the Middle East<\/em>, Penguin Press, 2008, p. 243-244). Il a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 par Refa\u2019at al-Assad, le fr\u00e8re de Assad I. On voit actuellement que l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te par le biais de Maher al-Assad, le fr\u00e8re d\u2019Assad II.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ajoute \u00e0 cela que, malheureusement, les deux Assad et leur clan, \u00e9taient soutenus \u00e0 l\u2019\u00e9tranger par les deux bords ; les progressistes ne voyaient que les slogans affich\u00e9s par ce r\u00e9gime socialiste, d\u00e9mocratique, anti imp\u00e9rialiste, pro-palestinien, r\u00e9formateur etc. Et les pays lib\u00e9raux fermaient les yeux au nom de concessions accord\u00e9es sous la table, en \u00e9change d\u2019int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, avec cet h\u00e9ritage sanglant d\u2019arrestations, de d\u00e9tentions, de tortures, de viols et de meurtres, vous comprendrez pourquoi je n\u2019imaginais pas que les poumons de la Syrie pourraient respirer \u00e0 nouveau et que le b\u00e2illon qui cimente ses l\u00e8vres pourrait voler en \u00e9clats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant la r\u00e9volution tunisienne, j\u2019\u00e9tais seule \u00e0 la campagne, dans ma retraite hivernale. Je suivais jour apr\u00e8s jour ce soul\u00e8vement merveilleux contre la tyrannie, et je ne pensais pas \u00e0 la Syrie. Le tour de l\u2019Egypte est venu et j\u2019en ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois exalt\u00e9e, comme sous l\u2019effet d\u2019une potion magique, et angoiss\u00e9e en m\u00eame temps. Plusieurs coups de fils me reliaient chaque jour \u00e0 un ami \u00e9gyptien. Malgr\u00e9 tout ce qu\u2019on voyait d\u2019atrocit\u00e9s, il \u00e9tait rempli par un espoir qui illuminait sa voix. Il me disait toujours : \u00abBient\u00f4t la Syrie\u00bb. Je lui r\u00e9pondais : \u00abAssez d\u2019illusions, c\u2019est impossible, c\u2019est tr\u00e8s loin\u00bb. Il r\u00e9pliquait avec insistance et d\u00e9termination : \u00abSi, tu verras, c\u2019est pour bient\u00f4t\u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, j\u2019entends encore sa voix et je suis boulevers\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but, je n\u2019en croyais pas mes yeux, j\u2019\u00e9tais comme hypnotis\u00e9e dans une sph\u00e8re onirique hors du temps et sans lieu. Les premiers jours m\u2019\u00e9taient irr\u00e9els, comme si je n\u2019existais pas. Puis soudain, je me suis vue na\u00eetre. J\u2019ai dit \u00e0 une amie, il y a plus d\u2019un mois : \u00abLa r\u00e9volution syrienne m\u2019a fait na\u00eetre\u00bb. Oui, c\u2019est \u00e7a, j\u2019en suis bien consciente et j\u2019ai une profonde reconnaissance \u00e0 ce grand peuple qui m\u2019a permis de voir le jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas du chauvinisme quand je dis \u00abgrand peuple\u00bb, loin de l\u00e0. La preuve, c\u2019est que je suis n\u00e9e \u00e0 Damas de parents albanais \u00e9migr\u00e9s. Pourtant, mon destin est li\u00e9 au destin de ce peuple, et mon sang s\u2019est apparent\u00e9 au sien. Je vis cela biologiquement sans aucune ambig\u00fcit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce bouquet de flammes de \u00abBouazizi\u00bb a raviv\u00e9 l\u2019aspiration \u00e0 la libert\u00e9 en Tunisie, puis il y a eu Khaled Sa\u00efd en Egypte. Ensuite sont venus les tendres doigts aux ongles arrach\u00e9s de treize enfants arr\u00eat\u00e9s et tortur\u00e9s pour attiser la r\u00e9volte syrienne. Ce sont des \u00e9tincelles en apparence mais un regard tellurique montre bien que c\u2019est une v\u00e9ritable art\u00e8re sismique qui s\u2019\u00e9tend sous les pieds des r\u00e9gimes despotiques de toute la r\u00e9gion. Regardez la Libye o\u00f9 la r\u00e9volte suit son chemin tant bien que mal, le Y\u00e9men et le soul\u00e8vement de Bahrein enterr\u00e9 vif par l\u2019arm\u00e9e d\u2019un voisin, celle d\u2019un pays aussi r\u00e9pressif que l\u2019Arabie Saoudite. C\u2019est un royaume \u00e9rig\u00e9 par des briques religieuses et dress\u00e9 par les b\u00e2tons des \u00abMoutawe\u2019a\u00bb, alli\u00e9s fervents de la famille royale. Tous les pays occidentaux n\u2019y voient pas l\u2019absence de leur \u00abch\u00e8re d\u00e9mocratie\u00bb et pr\u00e9f\u00e8rent fermer les yeux au nom d\u2019int\u00e9r\u00eats communs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partout dans les pays arabes il y a actuellement des braises contestataires \u00e0 diff\u00e9rentes hauteurs sous la cendre. Les rois et les princes de la r\u00e9gion ont bien conscience de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, sinon, comment expliquer, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis de l\u2019histoire, l\u2019adh\u00e9sion du Maroc et de la Jordanie au Conseil de la Coop\u00e9ration du Golfe? Ne sommes-nous devant une \u00abl\u2019alliance des royaut\u00e9s\u00bb, comme ce fut le cas au temps de la r\u00e9volution fran\u00e7aise ?<\/p>\n<p>\u00a0<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Unhappily I have only a French version &#038; no time right now to translate into English. 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