{"id":356,"date":"2007-02-02T14:01:00","date_gmt":"2007-02-02T22:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/?p=356"},"modified":"2007-02-02T14:01:00","modified_gmt":"2007-02-02T22:01:00","slug":"nancys-salute-to-lacoue-labarthe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pierrejoris.com\/blog\/nancys-salute-to-lacoue-labarthe\/","title":{"rendered":"Nancy&#039;s salute to Lacoue-Labarthe"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"leadDoc\">On the same day \u2014 today \u2014 that <span style=\"font-weight: bold;\">Philippe Lacoue-Labarthe<\/span> was buried, his close friend and collaborator <span style=\"font-weight: bold;\">Jean-Luc Nancy<\/span> published an homage in the daily <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/rebonds\/232489.FR.php\">Lib\u00e9ration<\/a>. Obviosuly there has not yet been time to translate it, so I will post the very moving good-bye to the philosopher &#8220;who was able to look madness in the eyes&#8221; in the original French \u2014 something Lacoue, who refused to have anything to do with the English language despite being a trained germanicist, would, I think, have appreciated.   <\/div>\n<div name=\"page\" id=\"page\" class=\"titreDoc\"><span style=\"font-style: italic;font-size:130%;\" ><br \/><\/span><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: italic;font-size:130%;\" ><\/span><\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div name=\"page\" id=\"page\" class=\"titreDoc\">\n<div style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-style: italic;font-size:130%;\" >Philippe Lacoue-Labarthe, la syncope reste ouverte<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"infosDoc\">Par <span style=\"font-weight: bold;\">Jean-Luc NANCY<\/span><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" class=\"pictosBarDoc\"> <input value=\"0\" id=\"docFontSize\" type=\"hidden\"> <\/p>\n<div id=\"zoneCibleNbReactions\" name=\"zoneCibleNbReactions\"><\/div>\n<p><script>loadNbReaction('NbReactions',curDocId);<\/script> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">\n<div name=\"page\" id=\"page\" class=\"firstPara\">A toi, Philippe, pour te saluer. Pour te dire un adieu qui ne te promet aucun Dieu, puisque tu es parti vers rien ou vers toi-m\u00eame, \u00e0 moins que ce ne soit vers nous \u00ad enfin tourn\u00e9, retourn\u00e9 vers nous, forc\u00e9ment d\u00e9tourn\u00e9 des lointains vers lesquels tu ne t&#8217;en vas pas puisqu&#8217;ils ne sont pas. A toi qui es entr\u00e9 dans la seule pr\u00e9sence pour toi dou\u00e9e de stabilit\u00e9, dans la station et sur la st\u00e8le o\u00f9 tu d\u00e9chiffrais l&#8217;immobilit\u00e9 dangereuse de ce qui se pr\u00e9tend identifi\u00e9 : la figure cern\u00e9e, \u00e9rig\u00e9e. Entr\u00e9 dans l&#8217;inadmissible, disais-tu, de cette stance : l&#8217;\u00e9tant transi, rien qu&#8217;\u00e9tant, soustrait \u00e0 l&#8217;infini d&#8217;\u00eatre. Entr\u00e9 dans ce r\u00e9voltant non-lieu d&#8217;\u00eatre.<\/div>\n<\/p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">A toi qui as pass\u00e9 sur l&#8217;autre sc\u00e8ne pour y jouer, retourn\u00e9, le m\u00eame r\u00f4le : l&#8217;impossible conformit\u00e9 au h\u00e9ros de soi-m\u00eame, \u00e0 ce h\u00e9ros que tout un chacun se doit d&#8217;accueillir en soi, comme soi, en place de soi, accueillant donc l&#8217;impossible.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">A toi qui as accompli la seule r\u00e9volution qui f\u00fbt encore possible pour ton d\u00e9sir d&#8217;anarchie souveraine : celle de tes yeux r\u00e9vuls\u00e9s, ne nous voyant plus et laissant couler des larmes. A toi qui as tenu l&#8217;engagement, le seul, auquel te vouait une force obscure, celui de retirer ton image dans ton ombre.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">A toi qui voulais voir l&#8217;Ouvert, selon les mots de H\u00f6lderlin qu&#8217;il te fallait, pour cela m\u00eame, r\u00e9inventer. A toi qui ne voyais que cl\u00f4tures et barri\u00e8res, bornes intol\u00e9rables, monde fini.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">A toi qui voulais parler en maximes et en paroles, non pas en mots ni en propos. Des paroles lanc\u00e9es, prof\u00e9r\u00e9es, adress\u00e9es. Ces paroles dont l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme est la prononciation. Tu nommais cela  <em>\u00abcourage de la po\u00e9sie\u00bb. <\/em>C&#8217;\u00e9tait encore une parole de ton h\u00e9ros, de ce h\u00e9ros presque sans figure ni stature, et retir\u00e9 dans la tour de sa folie \u00ad celui qui se signait pour finir du nom dansant de Scardanelli (1). Celui qui savait l&#8217;\u00e9vidence du ciel au-dessus de nous.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">La folie \u00ad Philippe tu la regardais dans les yeux. Dans ses yeux \u00e9gar\u00e9s, tu regardais, tu scrutais l&#8217;approche de l&#8217;autre sc\u00e8ne. Tu as toujours dit que tu devinais dans leur folie \u00e0 tous (Rousseau, H\u00f6lderlin, Nerval, Nietzsche, Artaud) la subtile simulation de ceux qui parmi nous jouent l&#8217;autre sc\u00e8ne. C&#8217;\u00e9tait ton paradoxe du com\u00e9dien : plus il tient le vrai \u00e0 distance, plus il c\u00f4toie la v\u00e9rit\u00e9, l&#8217;intraitable, l&#8217;innommable, la d\u00e9figur\u00e9e et d\u00e9figurante.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">Ainsi tu te composais le personnage de ta propre fable h\u00e9ro\u00efque, l&#8217;acteur qui incarnait ce qui ne se peut repr\u00e9senter ni incorporer : la parole, en effet, non pas la form\u00e9e et signifiante, mais la formante, l&#8217;incantatoire, la b\u00e9gayante m\u00eame. La po\u00e9tique, oui, mais sans po\u00e9sie, sans  <em>po\u00efesis <\/em>: non productrice d&#8217;ouvrages po\u00e9tiques, mais mim\u00e9tique seulement de l&#8217;inimitable balbutiement enfantin.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">C&#8217;est l&#8217;enfant que tu d\u00e9sirais, l&#8217;enfant que tu semblais n&#8217;avoir jamais \u00e9t\u00e9. Tu jouais, en effet, si bien et si assid\u00fbment que tu avais d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps eu l&#8217;\u00e2ge de l&#8217;autorit\u00e9 et de l&#8217;exp\u00e9rience acquise. Tu avais toujours d\u00e9j\u00e0 l&#8217;\u00e2ge que plus rien ne peut surprendre.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">Cela me surprenait toujours \u00e0 nouveau. Tu ne cessais d&#8217;\u00e9tendre plus amont tes certitudes. Peut-\u00eatre pensais-tu vraiment que tu savais ce qui est \u00e0 savoir. Peut-\u00eatre pensais-tu qu&#8217;en jouant ce r\u00f4le tu devais savoir, puisque ce qui est \u00e0 savoir n&#8217;est rien d&#8217;autre que le jeu de la v\u00e9rit\u00e9 : puisqu&#8217;elle n&#8217;est pas, puisqu&#8217;elle n&#8217;est rien d&#8217;\u00e9tant, elle se joue vraiment \u00ad elle est vraiment en jeu \u00ad en se d\u00e9robant au coeur et au principe de toute repr\u00e9sentation (de toute pens\u00e9e, de tout art).<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">On ne passe pas derri\u00e8re la repr\u00e9sentation, tu y insistais farouchement, avec violence m\u00eame, indign\u00e9 qu&#8217;on puisse pr\u00e9tendre \u00e0 une pr\u00e9sence autre que la mort froide, innommable et inacceptable. C&#8217;est la repr\u00e9sentation, c&#8217;est son jeu qui nous enseigne que la pr\u00e9sence s&#8217;\u00e9loigne toujours plus loin, infiniment loin.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">Ce que ta r\u00e9volte permanente accusait, ce grondement f\u00e2ch\u00e9, c&#8217;\u00e9tait tout ce qui croit ou pr\u00e9tend croire \u00e0 la pr\u00e9sence. La figure, disais-tu, celle du pouvoir ou celle de l&#8217;art, celle de l&#8217;homme ou celle du Dieu infigurable. L&#8217;identit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e, cern\u00e9e, identifi\u00e9e. Cela que tu pensais, non sans quelques raisons, menacer non seulement chez Heidegger mais en v\u00e9rit\u00e9 dans toute pens\u00e9e.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">Ne rien figurer, ne rien se figurer. Tu \u00e9coutais la musique, celle qui ouvre des lointains et les garde lointains, les rapprochant de nous seulement pour aggraver leur distance irr\u00e9parable. C&#8217;est ainsi que tu voyais l&#8217;ouvert : \u00e9coutant seul, ferm\u00e9, voyant alors ou entendant s&#8217;ouvrir ce que tu nommais \u00ad autre mot de H \u00ad la c\u00e9sure. L&#8217;interruption, le suspens, la scansion, le silence, le blanc \u00ad le n\u00e9gatif non pas en trou noir mais en rythme.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">Le rythme, et par cons\u00e9quent la phrase. Phrase, c&#8217;est ton titre, c&#8217;est ta parole, c&#8217;est ton souffle. La phrase : non le sens, non le but ni l&#8217;orientation, mais la sensibilit\u00e9<br \/>\nde l&#8217;errance. La c\u00e9sure, la pause qui ouvre la cadence, la main du batteur lev\u00e9e loin de la caisse claire, l&#8217;archet soudain retenu sur la corde, la possibilit\u00e9 de la musique. C&#8217;est-\u00e0-dire du tr\u00e8s peu de pr\u00e9sentation qui nous \u00e9choit.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">Un jour, il m&#8217;est venu d&#8217;user du mot de syncope, et tu l&#8217;aimais aussi. C&#8217;est par l\u00e0, sans doute, que nous touchions le mieux l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre et que nous fut donn\u00e9e la possibilit\u00e9 d&#8217;un singulier partage des vies et des pens\u00e9es. Entre nous, oui, un suspens, une retenue de pr\u00e9sence, des signes nombreux et forts \u00e9chang\u00e9s d&#8217;une rive \u00e0 l&#8217;autre, et la travers\u00e9e toujours n\u00e9cessairement diff\u00e9r\u00e9e. Mais la diff\u00e9rance \u00ad m\u00e9moire entre nous de ce mot de Jacques et de Jacques lui-m\u00eame (2) \u00ad, la diff\u00e9rance (3) de l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre diff\u00e8re peu, en fin de compte, de la diff\u00e9rance \u00e0 soi-m\u00eame.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">Aujourd&#8217;hui la diff\u00e9rance infinie est finie ; la c\u00e9sure s&#8217;\u00e9ternise, la syncope reste ouverte. Ce n&#8217;est pas sans beaut\u00e9, malgr\u00e9 tout, tu le sais : c&#8217;est m\u00eame ton savoir le plus intime.<\/p>\n<p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">(1) Nom dont H\u00f6lderlin, devenu fou, signait ses derniers po\u00e8mes, ndlr.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">(2) Le philosophe Jacques Derrida, avec lequel les deux hommes formaient un trio, ndlr.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"> <\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\">(3) Mot forg\u00e9 par Derrida : le processus par lequel diff\u00e8rent les concepts.<\/div>\n<\/blockquote>\n<div style=\"text-align: justify;\" name=\"page\" id=\"page\" class=\"paragraphDoc\"><\/div>\n<table width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" class=\"reactionsDocTitre\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On the same day \u2014 today \u2014 that Philippe Lacoue-Labarthe was buried, his close friend and collaborator Jean-Luc Nancy published an homage in the daily Lib\u00e9ration. 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